Dans l’avion, je me suis installée sur deux sièges, sans même imaginer ce que cela pourrait entraîner.

DIVERTISSEMENT

Dans l’avion, Agnia s’était arrêtée dans l’allée, contemplant d’un air pensif son siège près du hublot. Derrière elle, on la poussait dans le dos, certains s’impatientaient bruyamment, mais la jeune femme avait besoin de quelques instants pour assimiler la situation.

Un grand avion, sept heures de vol à venir. Trois sièges de chaque côté, trente rangées. Agnia avait choisi son siège près de la fenêtre avec soin : elle détestait que les hôtesses passent avec leurs chariots, que les gens circulent, que les enfants courent… Le bruit, en revanche, ne la dérangeait pas. Habituée aux voyages d’affaires, elle avait depuis longtemps investi dans des écouteurs à réduction de bruit, savait s’occuper, écouter de la musique ou se distraire. Ce soir, elle était particulièrement fatiguée et comptait bien dormir pour être d’attaque le lendemain. Mais, apparemment, ce n’était pas gagné.

Le siège du milieu était occupé par une femme d’une corpulence imposante. Pas exactement le genre de géante que l’on voit dans des émissions américaines sur l’obésité, mais clairement pas menue non plus. Sa ceinture de sécurité était allongée par une rallonge, et Agnia voyait bien qu’un seul siège ne suffisait pas. La femme était assise, les jambes légèrement écartées, empiétant sur l’espace vital d’Agnia et, probablement, de la personne qui devait occuper le siège côté allée. Ou bien… ?

— Bonsoir, — lança poliment Agnia à sa voisine en désignant le siège côté allée. — Excusez-moi, est-ce également votre place ?

— Quoi, ma place ? — répondit la femme, visiblement confuse.

— Votre siège.

— Non, le mien est au milieu.

— Madame, vous allez vous asseoir ? — intervint une voix agacée derrière Agnia.

— Allez-y, passez, — répondit-elle en se décalant vers un espace libre pour laisser les passagers avancer. Puis elle se tourna à nouveau vers sa voisine : — Donc, nous sommes bien trois assises ici, vous, moi et quelqu’un d’autre ?

— Oui, c’est ça.

— Très bien, je vois.

Agnia estima la situation d’un regard… Elle-même pesait soixante kilos, mais même ce poids idéal ne suffirait pas à éviter la jambe massive de sa voisine qui, c’était sûr, finirait par empiéter sur son espace. Avec un soupir, la jeune femme appuya sur le bouton d’appel de l’hôtesse. La dame, à ses côtés, la fixait en plissant les yeux d’un air soupçonneux.

— En quoi puis-je vous aider ? — demanda l’hôtesse, affichant son sourire professionnel.

— Mon siège est près du hublot, — expliqua calmement Agnia. — Nous avons sept heures de vol. J’ai bien peur que, ma voisine et moi, nous manquions d’espace… Ce sera trop étroit, et…

— Hé ! — s’écria la dame, rougissant de colère. — De quoi tu te plains, hareng maigre ?

— Je ne me plains pas, — répondit Agnia en haussant les épaules. — Je peux être très directe si vous voulez : vous auriez dû réserver deux sièges pour vous-même. Ou voyager en classe affaires. Dans la situation actuelle, personne ne sera à l’aise : ni nous, ni vous. Et, soit dit en passant, je ne vous ai pas donné de raison de m’insulter.

— Moi, je n’ai pas besoin de raison !

— Écoutez, essayons de régler ça calmement, — intervint l’hôtesse.

— C’est exactement ce que je propose, — approuva Agnia.

— Malheureusement, il n’y a plus de sièges disponibles en classe économique, — dit l’hôtesse avec un soupir.

— C’est bien dommage. D’autres options ?

L’hôtesse soupira à nouveau.

— Je peux vous placer en classe affaires.

— Elle ? En classe affaires ? — s’étrangla la dame. — Et moi alors ? Moi, je vais rester là, c’est ça ?

— Malheureusement, les sièges en classe affaires ne sont que légèrement plus larges que ceux de l’économie, et il n’en reste qu’un de libre, — répondit l’hôtesse d’un ton impassible. — Je vais déplacer cette passagère. Le siège près du hublot sera libre, et vous serez beaucoup plus à l’aise qu’en affaires. Venez ? — ajouta-t-elle en s’adressant à Agnia.

— Volontiers. Merci.

Sous le regard noir de la dame, Agnia suivit l’hôtesse.

— Que faites-vous quand il n’y a plus de sièges disponibles et que vous recevez ce genre de plainte ? — demanda Agnia en s’installant sur le nouveau siège. Pas près du hublot cette fois, mais à côté d’un jeune homme charmant, lui aussi muni d’écouteurs à réduction de bruit.

— Eh bien… on vole, — répondit l’hôtesse avec philosophie. — Certes, dans une ambiance un peu plus tendue.

— Merci de m’avoir aidée, — sourit Agnia.

— Merci de ne pas avoir fait un scandale bruyant.

— Oh, je suis avocate. J’ai de l’entraînement.

— Nous servirons bientôt les repas et les boissons, — conclut l’hôtesse avant de partir.

Agnia étira ses jambes, sortit ses écouteurs et sa liseuse électronique. Elle ne ressentait ni colère ni irritation, juste la satisfaction d’avoir obtenu ce qu’elle voulait et d’avoir osé parler. Une solution avait été trouvée.

« Une issue pacifique, — pensa Agnia en ouvrant le roman qu’elle avait commencé. — À l’ère du body positive, j’aurais pu m’attirer des ennuis. Mais aurait-elle vraiment été à l’aise pendant sept heures, ou plus encore si le vol avait du retard ? Je me fiche de son poids ; ce qui m’importe, c’est qu’il empiète physiquement sur mon espace. »

— Nous allons bientôt décoller, — annonça l’hôtesse en passant. — Attachez votre ceinture.

Agnia claqua la boucle et reprit sa lecture.

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